C'est bien essayé ... Mais non.
"Vous n'êtes pas qualifiée" : C'est ce qu'on m'a annoncé, par mail, il y a deux semaines. Je n'en ai pas parlé avant (même ma mère ne le sait pas !), parce que je n'avais pas envie de parler à chaud de cette (très) mauvaise nouvelle (à la place, me suis défoulée à la boxe, na !).
Mon dossier pour obtenir la qualification aux fonctions de maître de conférence (vous savez ce foutu dossier envoyé juste à temps...) a été rejeté. La commission a estimé que mon doctorat et mes quatre années d'enseignement à l'université ne suffisaient pas pour me rendre apte à enseigner et faire de la recherche. Merci d'avoir joué, retentez votre chance l'année prochaine. Et merde (j'espère bien avoir trouvé un job d'ici là).
Ces 15 jours de silence autour de cette nouvelle ne m'ont pas permis pour autant d'avaler la pilule. Comment digérer un truc pareil ? Un truc avec autant d'enjeux. On ne le digère pas, on apprend à vivre avec cet échec, et surtout, cette frustration. C'est vrai qu'en soi, ce n'est pas si grave. Je n'aurais même pas été convoquée aux oraux sur les deux postes qui seront probablement ouverts pour la rentrée 2005.
Mais tout de même. Ce que je trouve lourd à digérer (en plus de ce que j'ai mangé ce week-end à Lille [d'ailleurs mes -sans me vanter- très belles photos seront en ligne demain ou après-demain]), ce sont toutes les interprétations et les leçons que l'on peut tirer de cette nouvelle. Et c'est bien ça qui me fout le cafard.
On m'a financée pendant cinq ans pour que je fasse ma thèse dans les meilleures conditions qui soient, et aujourd'hui, on ne me donne même pas ma chance. Je ne peux même pas aller postuler sur un poste. C'est comme si, finalement, ma thèse n'avait servi à rien (un peu quand même mais bon), et qu'on me disait aujourd'hui : "Bon allez, passez à autre chose maintenant, vous ne nous êtes plus du tout utile".
Je vous rassure, c'est aussi ce que je me suis dit en lisant ce mail. Il va vraiment falloir passer à autre chose. C'est un signe. Mais je veux bien, moi ! Ce qui est dommage, c'est que j'ai mis des années à savoir ce que je voulais faire, ce que j'aimais et savais faire, et on ne veut pas que je le fasse. Ouiiinnnnnnnn.
J'ai fini coûte que coûte cette thèse qui me sortait par les trous de nez (et ça fait mal, je vous le dis !), et on m'enlève la satisfaction de l'avoir finie, on me renvoie en pleine figure son inutilité.
Heureusement que je suis assez forte (enfin, en fait, j'y pense pas) pour, malgré tout, passer au-delà de cela, et continuer à espérer que je serais, un jour, utile, quelque part, dans le monde du travail, et espérer qu'on arrêtera de me dire que je ne suis pas assez qualifiée pour enseigner à l'université mais trop diplômée pour faire autre chose.
J'aimerais juste avoir l'impression que mes capacités et talents peuvent donner envie à des employeurs de les utiliser et de me faire confiance. C'est tout. Siouplé, allez...
(Photo : H. Cartier-Bresson, 1947, New-York City)