La frousse
Le depart approche, la frousse avec.
Un an dans un autre pays, et deja, les habitudes d'antan s'effacent, des choses que j'ai pourtant faites durant de longues annees, et je ne sais plus. Est-ce qu'en France aussi, le bus s'arrete tous les 500 metres, je rentrais par quelle porte ? Laisse-t-on toujours un pourboire au resto, au taxi ? Est-ce qu'il n'y avait vraiment aucun arbre dans ma rue ? A quoi ressemblent les ecureuils du parc de la Tete d'Or ? Le lait longue conservation a quel gout deja ?
Je les oublie tout simplement parce que je ne me suis jamais posee la question, parce que je n'y ai jamais pense, on ne reflechit pas aux choses du quotidient, on les vit (ou subit). C'etait mon quotidien, et c'est tout.
C'est probablement ce qui se passe pour une partie des gens qui ne voyagent jamais, qui ne sont jamais sortis de leur pays. Trop habitues aux memes choses, trop occupes a se plaindre de ces choses, on ne sait meme plus, meme pas, que finalement, on est plutot bien lotis (ou mal, ca arrive aussi), ou que c'est aussi comme ca, ailleurs, et ca fonctionne.

J'ai peur. Je me demande comment je vais me sentir. Vais-je trouver la ville belle ou grise ? Le bruit, les rues etroites, les trottoirs sales. Cliches, mais cliches d'une vie de tous les jours. J'ai peur de me sentir perdue, etouffee. J'ai peur d'adorer ce brouhaha incessant.
En meme temps, j'en ai besoin. Retrouver l'effervescence de la ville, de l'histoire, retrouver ce que je connais, dans une langue que je connais parfaitement. Retrouver les racines de ce que je suis, ou du moins, ce que j'etais. Mais ou etais-je finalement ? La ville nous a efface-e-s. Petite fille, je passais mes week-ends dans la boue d'un ranch, habillee en garcon, courant apres les chiens et faisant du cheval. Cette petite fille a disparu dans la ville, et renait doucement ici. Appater l'ecurueil, le chat ou le chien, vivre avec des millions d'habitants en moins autour de soi, sous le toit d'une maison. Aucun bruit le soir dans la rue, seule la pluie qui tombe.
J'ai peur mais j'ai terriblement hate. De voir mes proches. De voir mes ami-e-s, les bebes, les nouvelles maisons.
De voir ce que je vais ressentir. 6 jours.