Faut être barge

Dimanche, je suis retournée à mon ancien club d'aviron, retrouver une très bonne amie avec qui je m'entrainais à la belle époque. Footing sous la neige, abdos et étirements. Se retrouver ensemble dans le vestiaire, à reprendre exactement nos places d'avant, nos vieux réflexes, m'a fait tout bizarre... Je me suis rappelée cette époque où j'y venais tous les jours.
J'ai commencé l'aviron tard, en universitaire. Immédiatement, ça m'a plu. La sensation de glisse, l'aspect à la fois physique et esthétique... J'ai commencé à venir ramer deux fois par semaine, puis aussi le week-end. J'étais dans un club universitaire, donc très bonne ambiance. La première année, je pars avec d'autres filles de ma fac, dont Irène, qui ramait déjà depuis bien longtemps, à l'autre bout de la France pour les championnats de France universitaires. Le bus, l'hôtel, la compétition dans la bonne ambiance, je sympathise avec des gars qui, bien qu'universitaires, sont multi médaillés, et moi je débarque, je ne les connais pas. Je leur envoie des vannes tout le week-end, avant de découvrir que le gars avec qui j'ai mangé la veille était en fait l'un des meilleurs rameurs français. Hin hin.
Au bout de quatre ans, ma motivation et mon gôut pour la compétition débordent de mon club. Je suis prête à m'entraîner plus (enfin, je pensais pas que ça serait ça !), à me lancer dans cette nouvelle vie. Je suis tout le temps fourée avec les rameuses et rameurs d'un autre club (dont Irène), je finis par me faire débaucher par elles. Elles préparent un Huit féminin, et même si je suis bien en dessous niveau physique, mon esprit d'équipe et mon coup de pelle leur conviennent (au début, parce qu'il va quand même y avoir du boulot !).
Vont suivre deux années intenses, très intenses, qui m'ont changée à tout jamais. Entrainement tous les soirs, trois fois le week-ends. Finies les grasses mat', finie la flemme. Si je ne m'entraine pas, c'est tout le bâteau qui en pâtira le jour J. La première année fut relativement difficile. Je n'ai ni la même forme physique, ni la "caisse" nécessaire pour m'entraîner tous les jours... Mais je dois le faire. Résultat, j'arrive souvent aux compétitions épuisée. Mais je ferme ma gueule. Repousser ses limites permet d'apprendre à connaître beaucoup sur soi... Se sécher pour une compétition, au point de s'emmitoufler sous 4 épaisseurs, pour perdre les derniers grammes... Et puis à côté de ça, c'est la rencontre avec des gens forminables qui resteront des ami-e-s, une belle histoire, des soirées complètement déjantées, des voyages un peu partout pour aller soutenir chéri et amis (Séville, Canada, Suisse,etc.) dans les compétitions internationales.
La deuxième année fut plus moins difficile : mon corps encaisse mieux, j'ai gagné (vaguement) en puissance, et surtout en endurance. Et être toujours avec des gens plus fort que soi vous apprend à être humble, à fermer votre gueule, à vous dépasser pour rester à la hauteur, et vous tire vers le haut.
J'ai arrété l'aviron après ça, parce que je ne voulais pas lâcher les autres sports qui font mon équilibre, notamment la danse. Et puis surtout, parce que j'avais ma thèse à finir... J'ai ramé encore les deux années suivantes, uniquement pour les championnats de France universitaire. La première année, on a gagné le titre en Huit. La deuxième, on a fait vice championnes. Une jolie revanche, je n'avais jamais gagné quoique ce soit en aviron.
Aujourd'hui, je sais ce que mon corps peut encaisser. Je sais que l'on peut toujours repousser ses limites, avec de la volonté. Le mental nous permet de dépasser des montagnes. Une course d'aviron est un effort tellement intense et douloureux, je sais aujourd'hui que si j'ai survécu à ça, je peux survivre à bien d'autres souffrances. Physiques.