(c) Publie en decembre 2006, pour L'express du Pacifique
Immigrer seul-e dans une nouvelle ville, un nouveau pays, un autre continent, est une expérience riche en découvertes et rebondissements. De sa plume mordante, Stéphanie vous narre ses aventures de nouvelle expatriée en Colombie-Britannique... (la plume mordante, ca vient pas moi hein).
Vous l’avez lu et relu, on vous l’a dit et rabaché, qui ne boit pas son café en marchant (ou l’inverse), n’est pas labellisé-e « Vancouverois-e ». Ce n’est pas pour rien que les Strabucks, Blenz Coffe et autres petites et grandes chaînes pullulent ici. Ainsi, dès mes premiers jours à Vancouver, fermement décidée à m’intégrer, je tentais donc l’expérience, avec plus ou moins de succès, enfin surtout moins. Alors, afin de vous éviter mes déboires, voici quelques pistes… à ne pas suivre.
Commander un café et le consommer, c’est un peu comme le jeu des sept erreurs.
- La première erreur est de commander le mauvais café (ou commander simplement du mauvais café, mais on tombe alors dans le banal à Vancouver, hin hin). Vous pouvez ainsi vous retrouver avec un café et de la crème fouettée, soit 362 calories la gorgée, tout ça parce que vous n’avez pas compris le mot « whipped ».
- La deuxième est de commander le bon café, mais à la mauvaise taille (qui a dit que c’était chose aisée de s’intégrer ?). Vous risquez, comme moi, d’avoir alors dans les mains une tasse de 3,5 litres de café, paré-e pour la journée et celle du lendemain (et un ulcère à l’estomac).
- La troisième est de commander le bon café à la bonne taille (gnagnagna), mais sans entraînement préalable au déplacement pédestre avec une boisson dans les mains. En réalité, votre erreur consiste ici à avoir présumé (c’est aussi mon cas) que vous garderiez votre démarche gracieuse coutumière. Marcher en buvant – ou encore boire en marchant – est quelque chose de totalement inconnu en France, où l’on est plus habitué à boire son expresso au comptoir ou sur un coin de table ronde et bancale (et dans un bar PMU embrumé de fumée de cigarettes gitanes de préférence).
Évitez ces écueils et vous devriez être apte à passer commande sans avoir l’air ridicule. Comme les enfants, on apprend par l’erreur.
Le feu, ça brûle
Vous voilà votre café en main. Mais connaissez-vous la façon vancouveroise de le consommer ? À ce stade, vous n’avez fait que la moitié de votre apprentissage.
- La quatrième erreur est de boire la première gorgée sans attendre. C’est chaud, ça brûle (et en plus c’est probablement écrit sur la tasse, pour peu qu’un consommateur ait déjà tenté un procès ; ici, tout est possible).
- La cinquième est de ne pas prendre de couvercle : autant dire que vous jouez à la roulette russe (surtout si vous vous apprétez à prendre le bus).
- Vous courrez aussi à la catastrophe si (et attention, là, ça devient technique) vous ne prévoyez pas de petite serviette pour boucher le petit orifice du couvercle, histoire d’empêcher le café, ce fourbe, de se faire la malle (en général sur votre beau manteau juste avant d’arriver au travail). Sixième faux-pas.
- Et pour couronner le tout – septième erreur –, tenter, lors de votre premier essai, un « Je-marche-en-buvant-mon-café-comme-si-je-maîtrisais », et, excès de confiance (ou de stupidité ?), courir après le bus. Votre fameux manteau s’en souvient encore.
Après de multiples bavures (rapport au manteau – oui c’est moi la fille avec le manteau degueu que vous avez croisée cette semaine sur Granville), vous finissez par prendre le coup de main, tout en gardant en tête que le plus simple restait le moins risqué. Évitez donc de vous lancer, au moment de votre commande au comptoir, dans des requêtes extravagantes typiquement vancouveroises, du type « Low fat vanilla medium caffe latte » (un café au lait moyen au lait allegé et à la vanille), ou un « Soy milk Macha latte », parce que, comme vous pouvez le voir, on ne sait jamais dans quel ordre il faut mettre les mots. Et quand on est au courant qu’ici, la serveuse pas comprendre « Medium Coffee » parce que, chez elle (Starbucks), c’est Grande à la place, ou encore « Black coffee » (café noir) parce que c’est « Daaark coffee » (café noir) à la place, ca fait peur
Comme vous pouvez le constater, rien n’est simple, rien n’est joué, prévoyez donc du temps. Si vous pensiez avaler un expresso vite fait bien fait, c’est rapé, n’y pensez même pas. Le Vancouverois n’est pas pressé (sinon, ça se saurait), alors pourquoi le serait-il pour boire un café ?
Voici donc une synthèse de ce à quoi vous pouvez vous attendre et que vous pouvez donc an-ti-ci-per :
- Quel genre de café vous voulez ? Medium ou dark ?
- Quelle taille de café ? Small / regular – parfois aussi appelé medium / Tall chez les uns ; Tall / Grande chez les autres. Ne vous avisez même pas de demander un thé moyen chez Starbucks, ce n’est pas possible, ceci ne rentre pas dans les cases.
- « For here or to go ? » : « Pour ici ou à emporter ? »
Si en plus vous avez le malheur de décider d’y ajouter un peu de lait et de sucre, histoire de diluer ce goût bizarre, considérez ce qui suit :
1- Le sucre : blanc ou roux ?
2- Encore le sucre : normal ou allégé ?
3- Toujours le sucre : Quel genre d’allégé ? Sans calories du tout (free) ou avec seulement deux calories (low) ?
4- Du lait ou de la crème ?
5- Le lait : 0 % (skim) ou entier (whole) ?
6- La crème : entière ou moitié-moitié ?
Soit neuf ultimes questions auxquelles il vous faudra avoir (très) rapidement une réponse si vous ne voulez pas impatienter la vendeuse qui a d’autres crèmes à fouetter, et surtout, si vous voulez attraper votre bus... Révisez-bien. Il y aura une interrogation écrite à la rentrée.
(copyright Stephanie P., publie dec. 2006, L'express du Pacifique)
Demain, "Comment j'appelle ma banque francaise a 5h du matin" Ou l'art de la communication bancaire.
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